Mercredi 16 septembre 2009
"Vous savez, je suis fils de cheminot et moi
même j’ai été cheminot jusqu’ à mes 55 ans. Je conduisait les machines à vapeur pour amener le charbon à Paris ; ça mettait 5 heures !
J’aimait beaucoup mon métier même si c’était
dur physiquement. J’adorais bichonner ma machine ! et puis on travaillait 48h en ce temps là.
Après j’ai connu le changement grâce au train
électrique. Je me souviens, j’avais pris presque 10 kilos lorsque j’ai commencé à conduire un train car forcement il n’y avait plus d’effort physique à faire ! Alors j’ai dit à ma femme
qu’il fallait que je fasse plus attention à ce que je mangeais !
Ma famille vient d’ici, du pays des mines,
mais moi je ne suis jamais descendu dans une mine. Alors j’ai demandé à mon beau-père, une fois, d’y aller avec lui, pour voir. Et c’est vrai que c’était pas un métier facile non
plus.
Je me rappelle le temps des grèves. On était
tous solidaires entre mineurs et cheminots. On faisait grève ensemble pour réclamer moins d’heures et plus d’argent. Avant les chemins de fer c’était privé, ça appartenait au Baron de Rotschield.
Puis grâce aux grèves, ça a été nationalisé comme les mines. On était presque les 3 quarts de l’entreprise à faire grève ! Mais ce n’était pas évident de survivre car du coup on n’était
pas payé.
C’était quand même mieux avant : il y
avait le cinéma à coté et puis les bals populaires le dimanche. J’y allais avec ma mère et en général les filles aussi étaient accompagné de leurs parents. Alors je me rappelle, avant d’inviter
une dame à danser, je demandais comme dans la chanson : « Vous permettez Monsieur, que j’emprunte votre fille,… ».
Et puis quand je me suis mariée, on est parti
de rien, j’avais juste une petite table pour deux. Mais on était heureux comme ça. Et puis des qu’on avait un peu de sous, on se faisait plaisir, on achetait un meuble en
plus.
Aujourd’hui je suis heureux des que je peux
voir mes enfants, petits enfants et arrière petits enfants !"
Mr Buisine Jacques, 82 ans